Ein Mann sitzt auf einem Stuhl und liest, während um ihn herum Blitze auf einer riesigen Apperatur hin und her springen.

« Il est à moi » : le conflit autour de Nikola Tesla

Traduction de Victor Fortin, étudiant en licence LEA Anglais-Allemand à l’Université de Picardie Jules Verne (2024)

La nationalité de l’inventeur Nikola Tesla est un sujet controversé. Qui veut faire de lui son « compatriote », et quel rôle joue l’identité nationale dans la science ? On t’explique.

Photo : Nikola Tesla avec son équipement. Crédits : Wellcome Library

Qu’est qu’une marque automobile américaine a à voir avec Nikola Tesla

De nos jours, le nom « Tesla » est, dans la plupart des esprits, associé principalement à l’entreprise américaine qui construit des voitures électriques.

Mais certains se souviennent peut-être de Nikola Tesla comme d’un célèbre scientifique. Ces deux associations ne sont pas contradictoires en tout cas. Entre le XIXe et le XXe siècle,le physicien et ingénieur électrique a réalisé plusieurs découvertes et inventions qui contribuent entre autres à rendre possibles les voitures électriques. Par ailleurs, il a passé une grande partie de sa vie aux USA. Mais ses racines sont dans les Balkans.

Tesla était-il croate, serbe ou américain ?  

Ce qui ne vient sans doute pas à l’esprit de grand monde en entendant ce nom, c’est la Croatie. Lorsqu’il entre dans la zone Euro en 2023, le pays veut tout de même arborer le portrait du scientifique sur ses pièces de monnaie de 10, 20 et 50 centimes. Car le « magicien de l’électricité » est né en 1856 dans un village qui se trouve aujourd’hui en Croatie. C’est pourquoi en Croatie beaucoup de gens voient Nikola Tesla comme un des leurs. Et cela même s’il a vécu une grande partie de sa vie en Amérique.

Mais on n’a toujours pas fait le tour de tous les faits concernant l’appartenance nationale du scientifique. En effet, ses parents étaient serbes orthodoxes. C’est pourquoi la Serbie est loin d’accueillir avec enthousiasme le projet croate de pièces Tesla. Là-bas on est d’avis que Tesla est un Américain d’origine serbe. C’est pour cela que la banque nationale serbe reproche même à la Croatie de « s’approprier le patrimoine culturel et scientifique du peuple serbe ».  Le Premier Ministre croate Andrej Plenković s’est montré sourd aux reproches : après tout, Nikola Tesla serait né en Croatie. Il ne comprendrait pas que quelqu’un puisse s’opposer au projet.

Nationalité et science sans frontière, une contradiction ?

Bien compliqué donc. Dans tous les cas, l’identité nationale de Tesla semble jouer un rôle joliment important. Il y a de quoi s’interroger : après tout, la collaboration internationale et interdisciplinaire sont principes les plus importants de la science. Otmar Wiestler, président de l’organisme de recherche allemand Helmholtz-Gemeinschaft, explique cela dans ces termes : « La recherche agit dans un cadre international. Pour répondre aux questionnements toujours plus complexes de notre temps, il faut que les meilleurs chercheurs dans un domaine collaborent, indépendamment de l’endroit où se trouvent leurs racines et leurs activités. »

De plus, dans certains domaines de recherches comme la physique des particules, il faut des appareils sophistiqués qui sont chers et pas disponibles partout. Un bon exemple de cela est l’accélérateur de particule du C.E.R.N. à Genève. Ici, des personnes de tous les pays mènent des recherches communes.

Interview : Science et identité nationale 

Ernst-Peter Fischer, professeur d’histoire des sciences à l’université de Heidelberg, donne son point de vue sur la question de l’origine des chercheurs et nous dit si cela nuit à la science quand des pays se disputent les meilleurs cerveaux. C’est à découvrir dans l’entretien entre Annika Könntgen et Simon Schulz.

Simon Schutz : Si quelqu’un me demande d’où je viens, je dis l’Allemagne. S’il faut préciser, je cite la région où je suis né et j’ai grandi. Aujourd’hui, Nikola Tesla ne peut plus donner aucune réponse à cette question, car l’ingénieur électrique est mort en 1943. Mais aujourd’hui encore il y a des conflits sur son origine. Annika, qu’est-ce qui est le plus important ? Son lieu de naissance en Croatie, ses origines serbes ou bien qu’il ait passé une grande partie de sa vie dans un pays comme les USA ?  

Annika Könntgen : C’est une question super compliquée. Ne serait-ce que l’existence même de ce conflit le montre bien. Maintenant même les chefs d’État des pays concernés sont entrés dans la danse. C’est pourquoi j’ai demandé au professeur d’histoire des sciences Ernst-Peter Fischer de l’université de Heidelberg comment il voit les choses.

Ernst-Peter Fischer : Je pense que le lieu de naissance détermine moins la qualité d’un scientifique que la formation et l’inspiration qu’il a reçues, ce qui est indépendant du lieu de naissance.

Annika Könntgen : Tesla a reçu sa formation dans différents endroits en Europe dont Graz en Autriche et Prague en Tchéquie. Depuis 1884, il vivait et travaillait en Amérique.  Ernst-Peter Fischer dit par ailleurs que la question de la nationalité n’est en fait pas importante. Il faudrait plutôt veiller à ce que les idées de Tesla soient mises en avant.

Simon Schultz :  Cela semble logique à première vue. Celui qui a le plus aidé à la préparation du gâteau reçoit la plus grosse part. Ou bien dans notre cas : où est-ce qu’on commémore particulièrement Tesla et son héritage aujourd’hui ?

Annika Könntgen : Là-aussi, les avis sont partagés. D’un côté, il y a le Musée Nikola Tesla dans la capitale serbe Belgrade, dans lequel se trouve l’urne du scientifique défunt. Et l’université de Belgrade a baptisé son Institut d’ingénierie électrique à son nom. Mais il y a aussi une exposition sur son lieu de naissance en Croatie. L’exposition « Nikola Tesla – Mind from the future » a eu lieu à différents endroits à travers le monde qui étaient importants dans la vie de Tesla. Elle a commencé à Zagreb en Croatie, elle a été à Paris, à Prague et à New York, mais pas en Serbie. On pourrait également faire valoir qu’Elon Musk a fait beaucoup pour l’héritage intellectuel de Tesla avec son entreprise américaine, par exemple avec ses voitures électriques.

Simon Schultz : De manière générale, la coopération internationale est en fait très importante en science. N’est-il pas dommageable que certains pays mettent tant d’énergie à revendiquer des scientifiques pour eux-mêmes ?

Annika Könntgen : Si cela devait en venir au point que les pays cessent de travailler ensemble afin de récolter tout seul la gloire finale, c’est clair que oui. L’historien des sciences Ernst-Peter Fischer m’a toutefois expliqué que normalement c’est le contraire qui se produit : l’identité nationale peut contribuer à promouvoir davantage la science au niveau national. C’est le cas en effet lorsque la concurrence internationale conduit chaque pays à consacrer plus de moyens financiers à la science pour pouvoir s’imposer face aux autres pays. 

Simon Schulz : Dans ce cas, le pays correspondant serait en effet responsable d’une bonne partie de la gloire finale ! En fin de compte, ce qui semble être beaucoup plus important que le lieu de naissance ou l’origine, c’est de savoir qui soutient les scientifiques de leur vivant et qui promeut leur héritage scientifique. C’était notre reporter Annika Könntgen avec des informations sur le conflit autour de la nationalité de Nikola Tesla.    

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